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Rapport IPBES 2026 : ce que les entreprises peuvent actionner dans leur rapport avec la biodiversité

27 mars 2026 — par Younes Boual

Un Hérisson européen courant sur un chemin forestier.
Un Hérisson européen courant sur un chemin forestier.

Comprendre le rapport IPBES 2026

Le rapport 2026 de l'IPBES (Plateforme intergouvernementale, équivalent du « Giec de la biodiversité ») se concentre sur un sujet clé : les relations entre les entreprises et la biodiversité. Il s'appuie sur un consensus scientifique international et cible directement les décideurs publics et économiques.

Il répond à trois questions fondamentales :

  • De quoi les entreprises dépendent-elles dans la nature ?
  • Quel est leur impact réel sur les écosystèmes ?
  • Comment transformer les modèles économiques pour inverser la tendance ?

Un constat central : l'économie dépend du vivant

Le message le plus structurant est sans ambiguïté : toutes les entreprises dépendent de la biodiversité. Cette dépendance prend plusieurs formes.

Types de dépendances des entreprises à la nature

Type de dépendanceDépendances
Intrants matérielsBois, eau, ressources génétiques, énergie
Fonctions écologiquesRégulation du climat, filtration de l'eau, fertilité des sols
Valeurs immatériellesAttractivité territoriale, culture, bien-être

Principales pressions exercées sur les écosystèmes

Type de pressionImpact sur les écosystèmes
Artificialisation des solsDestruction d'habitats naturels, fragmentation des milieux
Exploitation des ressourcesSurexploitation, dégradation des écosystèmes, perte de biodiversité
PollutionDégradation des sols, de l'eau et de l'air, impacts sur la faune et la flore
Changement climatiqueModification des conditions écologiques, stress sur les espèces et les habitats

L'économie se développe grâce à la nature tout en la dégradant.

IPBES, Résumé à l'intention des décideurs, 2026

Comment sont fléchés les flux financiers mondiaux ?

Estimations des flux financiers ayant des impacts directement négatifs sur la nature et ceux consacrés à la conservation et à la restauration des écosystèmes à l'échelle mondiale.

  • 7 520 Md$ — total mondial.
  • Effets destructeurs sur les écosystèmes : 7 300 milliards de dollars, soit environ 97,1 % du total (dont 2 400 milliards de dépenses publiques).
  • Conservation et restauration : 220 milliards de dollars, soit environ 2,9 % du total.

Chiffres mondiaux 2023. Source : UNEP, State of Finance for Nature, 2026 ; IPBES, Résumé à l'intention des décideurs, 2026.


Le rôle clé des politiques publiques et des financeurs

Le rapport est clair : les entreprises seules ne peuvent pas transformer le système.

Un environnement porteur repose sur :

  • Des cadres réglementaires cohérents.
  • Des incitations économiques alignées.
  • Une transparence accrue.
  • Une mobilisation des acteurs financiers.

Exemples de leviers

  • Suppression des subventions néfastes.
  • Incitation au reporting biodiversité.
  • Incitation au financement d'initiatives de préservation et de restauration.
  • Désengagement des acteurs financiers de certains projets destructeurs.

Cadres de référence actuels : CSRD / ESRS, TNFD, VSME, SBTN, cadre mondial de Kunming-Montréal.


Un risque systémique encore trop souvent sous-estimé

La perte de biodiversité n'est pas seulement un enjeu écologique. C'est un risque économique global.

La perte de biodiversité est l'une des menaces les plus graves pour les entreprises.

Stephen Polasky

Le rapport identifie :

  • Des risques physiques (rupture d'approvisionnement, baisse de productivité).
  • Des risques financiers (actifs échoués, volatilité des marchés).
  • Des risques systémiques pour l'économie mondiale.

Depuis 1992, le capital produit par l'être humain a augmenté d'environ 100 % par habitant, tandis que les stocks de capital naturel ont diminué de près de 40 %. Ce déclin est attribué à une incapacité systémique à intégrer les valeurs de la nature dans les systèmes économiques et financiers.


Les 4 étapes pour structurer une stratégie biodiversité crédible

1. Comprendre

  • Identifier les dépendances aux écosystèmes (eau, sols, biodiversité).
  • Analyser les impacts directs, indirects et chaîne de valeur.
  • Qualifier les risques et opportunités associés.

2. Structurer

  • Intégrer la biodiversité dans la gouvernance et la stratégie.
  • Définir des priorités d'action basées sur la matérialité.
  • Aligner les décisions d'investissement et les politiques internes.

3. Transformer

  • Déployer des transformations dans sa chaîne de valeur.
  • Réduire les pressions et éviter les impacts en priorité.
  • Contribuer à des projets de préservation et restauration.

4. Démontrer

  • Suivre des indicateurs biodiversité robustes et vérifiables.
  • Assurer la transparence des résultats.
  • S'aligner avec les cadres (CSRD, TNFD, standards internationaux).

Ce que cela change concrètement pour la stratégie ESG

  • Avant : biodiversité = sujet périphérique.
  • Aujourd'hui : biodiversité = enjeu stratégique et financier.
  • Demain : biodiversité = condition de résilience des entreprises.

Cela implique :

  • Une intégration au même niveau que le climat.
  • Une approche systémique (sols, eau, biodiversité, carbone).
  • Une territorialisation des actions.

Source : IPBES, Résumé à l'intention des décideurs, 2026.