Rapport IPBES 2026 : ce que les entreprises doivent comprendre (et faire) en lien avec la biodiversité

Un Hérisson européen courant sur un chemin forestier.


Comprendre le rapport IPBES 2026


Le rapport 2026 de l’IPBES (Plateforme intergouvernementale, équivalent du “Giec de la biodiversité”) se concentre sur un sujet clé : les relations entre les entreprises et la biodiversité. Il s’appuie sur un consensus scientifique international et cible directement les décideurs publics et économiques.

Il répond à trois questions fondamentales :

  • De quoi les entreprises dépendent-elles dans la nature ?

  • Quel est leur impact réel sur les écosystèmes ?

  • Comment transformer les modèles économiques pour inverser la tendance ?


Un constat central : l’économie dépend du vivant

Le message le plus structurant est sans ambiguïté : Toutes les entreprises dépendent de la biodiversité.

Cette dépendance prend plusieurs formes :

Tableau simple : types de dépendances des entreprises à la nature

Type de dépendance Dépendances
Intrants matériels Bois, eau, ressources génétiques, énergie
Fonctions écologiques Régulation du climat, filtration de l’eau, fertilité des sols
Valeurs immatérielles Attractivité territoriale, culture, bien-être

En parallèle, les entreprises contribuent aussi directement à la dégradation des écosystèmes :

Tableau simple : principales pressions exercées sur les écosystèmes

Type de pression Impact sur les écosystèmes
Artificialisation des sols Destruction d’habitats naturels, fragmentation des milieux
Exploitation des ressources Surexploitation, dégradation des écosystèmes, perte de biodiversité
Pollution Dégradation des sols, de l’eau et de l’air, impacts sur la faune et la flore
Changement climatique Modification des conditions écologiques, stress sur les espèces et les habitats
 

L’économie se développe grâce à la nature tout en la dégradant.

IPBES, Résumé à l’intention des décideurs, 2026

 

Un problème structurel: Comment sont fléchés les flux financiers dans le monde en lien avec les écosystèmes ?

Estimations des flux financiers ayant des impacts directement négatifs sur la nature et ceux consacrés à la conservation et à la restauration des écosystèmes à l’échelle mondiale.

Effets destructeurs sur les écosystèmes 7 300 milliards de dollars, soit environ 97,1 % du total (dont 2400 milliards de dollars de dépenses publiques).
Conservation et restauration des écosystèmes 220 milliards de dollars, soit environ 2,9 % du total.

Chiffres mondiaux 2023. Source : UNEP, State of Finance for Nature, 2026; IPBES, Résumé à l’intention des décideurs, 2026


Le rôle clé des politiques publiques et des financeurs

Le rapport est clair :
les entreprises seules ne peuvent pas transformer le système.

Un environnement porteur repose sur :

  • Des cadres réglementaires cohérents
  • Des incitations économiques alignées
  • Une transparence accrue
  • Une mobilisation des acteurs financiers

Exemples de leviers :

  • Suppression des subventions néfastes
  • Incitation au reporting biodiversité
  • Incitation au financement d'initiatives de préservation et de restauration
  • Désengagement des acteurs financiers de certains projets destructeurs
👉 Cadres de référence actuels :
CSRD / ESRS E4 TNFD VSME SBTN Cadre mondial de Kunming-Montréal

Un risque systémique encore trop souvent sous-estimé

La perte de biodiversité n’est pas seulement un enjeu écologique. C’est un risque économique global.

 

“La perte de biodiversité est l'une des menaces les plus graves pour les entreprises”

Stephen Polasky

 

👉 Le rapport identifie :

  • Des risques physiques (rupture d’approvisionnement, baisse de productivité)

  • Des risques financiers (actifs échoués, volatilité des marchés)

  • Des risques systémiques pour l’économie mondiale

Depuis 1992 :

  • Augmentation du capital produit : Le capital produit par l'être humain, qui inclut par exemple les bâtiments et les machines améliorant la productivité économique, a augmenté d'environ 100 % par habitant en moyenne. Cette croissance globale cache toutefois de grandes disparités entre les pays.

  • Diminution du capital naturel : Parallèlement, les stocks de capital naturel, comprenant les écosystèmes et les ressources naturelles, ont diminué de près de 40 % au cours de la même période.

Ce déclin du capital naturel est notamment attribué à une incapacité systémique à intégrer les valeurs de la nature dans les systèmes économiques et financiers, ce qui a conduit à des taux de perte de biodiversité sans précédent.

IPBES, Résumé à l’intention des décideurs, 2026

UNEP, State of Finance for Nature, 2026


Les 4 étapes pour structurer une stratégie biodiversité crédible

Une démarche alignée avec les recommandations IPBES : comprendre ses impacts, structurer sa stratégie, transformer ses pratiques et démontrer des résultats mesurables.

1 Comprendre

  • Identifier les dépendances aux écosystèmes (eau, sols, biodiversité)
  • Analyser les impacts directs, indirects et chaîne de valeur
  • Qualifier les risques et opportunités associés

2 Structurer

  • Intégrer la biodiversité dans la gouvernance et la stratégie
  • Définir des priorités d’action basées sur la matérialité
  • Aligner les décisions d’investissement et les politiques internes

3 Transformer

  • Déployer des transformations dans sa chaîne de valeur
  • Réduire les pressions et éviter les impacts en priorité
  • Contribuer à des projets de préservation et restauration

4 Démontrer

  • Suivre des indicateurs biodiversité robustes et vérifiables
  • Assurer la transparence des résultats
  • S’aligner avec les cadres (CSRD, TNFD, standards internationaux)

Ce que cela change concrètement pour la stratégie ESG

Avant
Biodiversité = sujet périphérique
Aujourd’hui
Biodiversité = enjeu stratégique & financier
Demain
Biodiversité = condition de résilience des entreprises
👉 Cela implique :
  • Une intégration au même niveau que le climat
  • Une approche systémique (sols, eau, biodiversité, carbone)
  • Une territorialisation des actions

IPBES, Résumé à l’intention des décideurs, 2026


Conclusion

La biodiversité n’est plus un sujet uniquement environnemental, c’est un sujet économique structurant.

Le rapport IPBES 2026 envoie un signal clair :

Les entreprises ne sont pas seulement responsables du problème.
Elles sont aussi une partie essentielle de la solution.

Mais cela suppose un changement profond :
  • Dans la manière de mesurer la performance
  • Dans les décisions d’investissement
  • Dans la relation au vivant

IPBES, Résumé à l’intention des décideurs, 2026


 

À retenir

  • Toutes les entreprises dépendent de la biodiversité.

  • La perte de biodiversité est un risque économique systémique.

  • Les incitations économiques actuelles sont encore majoritairement négatives.

  • Les entreprises ne peuvent pas agir seules : besoin de cadres publics.

  • Des actions concrètes sont déjà possibles dès aujourd’hui.

IPBES, Résumé à l’intention des décideurs, 2026

 

Sources

IPBES, Résumé à l’intention des décideur(se)s du rapport d’évaluation méthodologique des conséquences de l’activité des entreprises sur la biodiversité et sur les contributions de la nature aux populations et de la dépendance des entreprises à leur égard. Jones M., Polasky S., Rueda X., Brooks S., Carter Ingram J., Egoh B. N., von Hase A., Kohsaka R., Kulak M., Leach K., Loyola R., Mandle L., Rodriguez-Osuna V., Schaafsma M. et Sonter L. J. (éd.). Secrétariat de l’IPBES, Bonn (Allemagne), 2026

IPBES, Évaluation mondiale biodiversité, 2019

IPBES, Rapport nexus eau-alimentation-santé, 2024

IPBES, Rapport changement transformateur, 2024

UNEP, State of Finance for Nature, 2026

Forum économique mondial, Global Risks Report 2025

Suivant
Suivant

Vieilles forêts et arbres-habitats : pourquoi et comment favoriser la maturité en forêt