Vieilles forêts et arbres-habitats : pourquoi et comment favoriser la maturité en forêt
Un Rouge-gorge européen perché sur un arbre mort.
Quelques définitions pour poser les bases :
Vieille forêt:
Une vieille forêt est à la fois ancienne (continuité forestière depuis au moins le début du XIXe siècle) et mature (gros et vieux arbres, microhabitats, bois mort abondant).
Maturité forestière:
La maturité n’est pas un âge “magique” unique. C’est surtout un ensemble d’attributs : très gros bois sur pied, arbres sénescents, chandelles, bois mort au sol, cavités, fentes, écorces décollées, dendromicrohabitats, hétérogénéité verticale, etc.
Arbre-habitat:
Un arbre-habitat est un arbre (parfois vivant) particulièrement accueillant grâce à ses microhabitats. Ces microhabitats sont temporaires : il faut donc organiser un recrutement régulier de nouveaux arbres-habitats.
Trame de vieux bois:
Une trame de vieux bois est un réseau combinant (i) arbres d’intérêt écologique, (ii) îlots de sénescence, (iii) zones laissées en libre évolution plus ambitieuses, de façon à rendre la maturité fonctionnelle à l’échelle d’un massif et d’un territoire.
Point clé : en forêt privée morcelée, la maturité “tient ses promesses” si l’on conjugue préservation de vieilles forêts et maintien d’arbres/îlots en libre évolution dans la matrice exploitée, avec une action collective sur les trames de vieux bois.
Les bénéfices écologiques “en cascade” de la maturité: une ressource essentielle pour les espèces forestières
Microhabitats et espèces dépendantes : la biodiversité “accrochée” aux vieux arbres
Les arbres porteurs de microhabitats soutiennent une biodiversité disproportionnée : l’INRAE rappelle que les dendromicrohabitats ont un rôle clé et sont utilisés par des milliers d’espèces (abris, reproduction, alimentation). Le signal est simple : plus on laisse les arbres aller vers leurs phases tardives, plus on augmente la diversité de niches disponibles (cavités, fentes, champignons lignicoles, etc.).
Bois mort, sols, cycles de nutriments : la “machinerie” du vivant
Le bois mort est un pilier du fonctionnement forestier : il structure des chaînes alimentaires, nourrit les décomposeurs, et recycle la matière organique. Le dossier Sylvae (réseau des CEN) rappelle qu’une part importante de la biodiversité forestière dépend du bois mort.
En pratique, le bois mort (sur pied et au sol) agit comme une infrastructure écologique : humidité locale, microclimats, refuges, substrats, fertilité.
Résilience : climat, eau, perturbations
La maturité renforce la résilience via :
Microclimats forestiers plus stables (ombrage, humidité, inertie).
Sols plus structurés et potentiellement plus riches en matière organique (donc meilleure infiltration/stockage d’eau).
Diversité structurelle : des peuplements hétérogènes amortissent mieux certains chocs que des peuplements uniformes.
À noter : ces bénéfices dépendent du contexte stationnel et des essences. L’enjeu n’est pas de “sanctuariser partout”, mais de cibler et de connecter.
Reconnaître la maturité sur le terrain : indicateurs concrets
Le CEN Occitanie rappelle un repère opérationnel pour qualifier une “vieille forêt” (exemple de seuils structurels) : au moins 5 très gros bois vivants (D > 70 cm) et 6 gros bois morts (D > 40 cm) par hectare.
Ces seuils ne résument pas tout, mais ils aident à objectiver le sujet.
Tableau simple : attributs de maturité, intérêt, action de gestion
| Attribut de maturité | Pourquoi c’est important | Action simple en forêt privée |
|---|---|---|
| Très gros bois vivants | Support de microhabitats, continuité écologique | Marquer et conserver des arbres "futurs habitats" |
| Arbres sénescents / chandelles | Cavités, nids, gîtes, champignons | Mettre hors coupe, sécuriser si besoin (zones à risque) |
| Bois mort au sol (divers diamètres) | Décomposeurs, humidité, sols | Rétention lors des exploitations, éviter le "nettoyage" |
| Diversité d’essences et d’âges | Résilience et niches multiples | Favoriser régénération naturelle et mélange |
| Îlots de sénescence | Accélère l'expression des phases tardives | Délimiter des îlots en libre évolution permanente |
Lien avec les projets Maa Biodiversity :
GFSC + certificats de biodiversité
GFSC (méthodologie gestion forestière à stock continu)
Côté carbone, nos projets s’appuient sur la GFSC : une logique de gestion qui vise à maintenir un stock sur pied élevé et à piloter dans la durée. Cela crée un terrain favorable pour conserver des attributs de maturité (gros bois, arbres-habitats, bois mort), à condition de les intégrer explicitement aux règles de gestion.
Certificats de biodiversité
Côté biodiversité, l’idée n’est pas de promettre un “score magique”, mais permettre de financer des actions vérifiables : trames d’arbres-habitats, îlots de sénescence, maintien de bois mort, suivi d e nombreux indicateurs écologiques (eau, sol, faune, flore).
(Selon les cadres mobilisés, on parle aussi de “biodiversity credits” : marché encore très hétérogène, vigilance sur les méthodes et la vérification.)
Conclusion
Intégrer la maturité en forêt privée, ce n’est pas renoncer à gérer. C’est gérer autrement : préserver des cœurs de vieux bois, organiser une trame d’arbres-habitats, laisser certains îlots aller au bout de leur cycle, et suivre des indicateurs pertinents. C’est aussi une manière concrète de rendre crédibles des projets GFSC et des certificats de biodiversité : des trajectoires mesurées, vérifiables, et utiles au vivant.
À retenir
La maturité forestière se lit dans des attributs (gros bois, microhabitats, bois mort), plus que dans un âge unique.
Les vieilles forêts sont rares : d’où l’intérêt de préserver l’existant et de reconstruire des trajectoires de maturité.
Un arbre-habitat n’est pas “un arbre remarquable” : c’est un support de microhabitats, à renouveler dans le temps.
La trame de vieux bois fonctionne en réseau : arbres-habitats + îlots + zones en libre évolution.
GFSC et certificats de biodiversité gagnent en crédibilité quand les actions et indicateurs de maturité sont explicitement intégrés et suivis.
Sources
INRAE. Dendromicrohabitats : rôle et enjeux biodiversité.
European Commission (2023). Guidelines on primary and old-growth forests (identification et protection).
FSC France / WWF / International Paper (2022). Fiche outil : trame d’arbres-habitats (définitions, principes).

